Single Blog Title

This is a single blog caption

NEXUS CLIMAT-PAIX-SÉCURITÉ AU BURKINA FASO : LE CILSS APPELLE À PASSER DE LA GESTION DES CRISES À L’ANTICIPATION DES RISQUES

Ouagadougou, du 28 au 29 octobre 2026 : Le Centre National d’Études Stratégiques (CNES) du Burkina Faso a lancé, ce mercredi 28 octobre 2026, un atelier stratégique de deux jours sur le thème : « Échange et partage d’expériences sur le Nexus Climat, paix et sécurité au Burkina Faso ». Le Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS) a participé à cette rencontre, par l’intermédiaire de son Secrétaire Exécutif, le Dr Abdoulaye MOHAMADOU, et du Dr Agali ALHASSANE, Chef de l’Unité de Coordination Scientifique et Coordonnateur de la Composante 1 du Programme de Résilience des Systèmes Alimentaires en Afrique de l’Ouest (PRSA/FSRP), financé par la Banque mondiale.

La session inaugurale de l’atelier a été marquée par une présentation du Dr Agali ALHASSANE intitulée « Leçons apprises du passé : Retour sur les impacts socioéconomiques et sécuritaires des chocs climatiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel ». À travers une analyse historique et opérationnelle, il a mis en évidence un enseignement majeur : les chocs climatiques ne conduisent pas automatiquement à des crises alimentaires, économiques ou sécuritaires ; leurs conséquences dépendent largement de la vulnérabilité des populations, de la gouvernance des ressources naturelles, du fonctionnement des infrastructures, y compris des marchés et des filets sociaux, ainsi que de la capacité des institutions à anticiper et à agir en temps utile. Dr Agali a rappelé que le CILSS compte plus de cinq décennies d’expérience au service de la résilience régionale en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Des grandes sécheresses des années 1970 et 1980 aux crises multidimensionnelles actuelles, l’expérience du CILSS et de ses institutions spécialisées, dont l’AGRHYMET CCR-AOS et l’INSAH, témoigne de l’évolution des réponses régionales face aux risques climatiques. Créé en 1973 dans le contexte des grandes sécheresses sahéliennes, puis renforcé par la création d’AGRHYMET en 1974, le dispositif régional a progressivement élargi son champ d’intervention à travers notamment l’opérationnalisation de l’observation agro-hydro-météorologique, du suivi des campagnes agricoles, des systèmes d’information sur la sécurité alimentaire, de la surveillance des marchés, de l’analyse de la vulnérabilité, des services et de l’adaptation climatiques et, plus récemment, des actions anticipatoires aux risques multiples. Cette évolution traduit une conviction fondamentale du CILSS : la sécurité climatique, alimentaire et humaine ne peut être assurée par des interventions sectorielles isolées. Une approche holistique, intégrée, inclusive, participative et coordonnée s’impose face à l’ampleur des défis auxquels la sous-région est confrontée. Une sécheresse, une inondation ou une vague de chaleur peut affecter les productions agricoles et pastorales, fragiliser les revenus des ménages, perturber les marchés, accentuer la pression sur les terres et l’eau et contraindre les déplacements humains et animaux. Dans les territoires déjà fragilisés par la pauvreté, l’insécurité ou l’insuffisance des services essentiels, ces effets peuvent exacerber les tensions et compromettre la cohésion sociale. Pour autant, le climat ne saurait être considéré comme une cause unique ou automatique des conflits. L’exposition aux aléas, les inégalités d’accès aux ressources, les contraintes de mobilité pastorale, la fragilité des infrastructures et les insuffisances des mécanismes de prévention déterminent largement l’ampleur des conséquences. Cette lecture systémique constitue un fondement essentiel de l’approche Nexus Climat-Paix-Sécurité.

De l’information climatique à la décision anticipatoire, le CILSS a accumulé des acquis opérationnels à capitaliser. En effet, à travers AGRHYMET CCR-AOS, il offre une expérience régionale éprouvée dans la production et l’exploitation d’informations agro-hydro-climatiques, environnementales et alimentaires utiles à la prise de décision. Ses services, notamment en matière de prévisions climatiques et hydrologiques, de suivi des campagnes agricoles, d’outils d’analyse de la sécurité alimentaire et de la vulnérabilité, ainsi que son leadership dans la coordination des cadres régionaux de concertation, constituent autant de leviers pour mieux identifier les risques, cibler les populations vulnérables et orienter les interventions publiques adéquates. Dans cette dynamique, les résultats stratégiques récemment obtenus par AGRHYMET CCR-AOS, notamment grâce à l’appui de la Convention PAM et de la Composante 1 du PRSA/FSRP, contribuent à renforcer la capacité régionale à transformer les informations et les connaissances scientifiques en outils d’aide à la décision, d’anticipation et de résilience fondés sur les impacts. En effet, les acquis de la Composante 1 du PRSA/FSRP s’inscrivent notamment dans le développement des services numériques de conseil destinés aux producteurs et aux acteurs des systèmes alimentaires, ainsi que dans le renforcement des mécanismes de veille, d’alerte et d’anticipation face aux événements climatiques, hydrologiques et environnementaux extrêmes.

L’opérationnalisation, à AGRHYMET CCR-AOS, de la Salle de veille régionale sur les extrêmes climatiques, hydrologiques et environnementaux illustre cette évolution vers une surveillance plus intégrée des risques en temps réel. L’enjeu est désormais de consolider les passerelles entre ces dispositifs scientifiques et les mécanismes nationaux et locaux de prévention, de préparation et de réponse. Cela implique un partage et une meilleure interopérabilité des données climatiques, hydrologiques, agricoles, environnementales, pastorales et sécuritaires, dans le respect des mandats des institutions concernées. Cela suppose également de rapprocher les alertes des communautés, en renforçant les capacités des services techniques, des canaux de communication, des collectivités territoriales et des utilisateurs finaux, et en soutenant les actions anticipatoires adaptées aux réalités locales, nationales et régionales.

Le Nexus Climat, Paix et Sécurité doit adopter une approche concrète fondée sur la prévention et la stabilité. À cet effet, au-delà de la production de connaissances, le Dr Agali a souligné la nécessité d’un changement de paradigme : passer d’une gestion essentiellement réactive des crises à une gouvernance proactive, coordonnée, inclusive et anticipative des risques. Cette transformation appelle à financer davantage l’anticipation, à renforcer le partage des données, à assurer la prise en compte systématique des facteurs de vulnérabilité et de conflictualité, ainsi qu’à investir de manière intégrée dans la restauration des terres, la gestion durable de l’eau et la protection des moyens d’existence. Elle exige également une coopération renforcée entre les États, les services météorologiques et hydrologiques, les secteurs de l’agriculture et de l’élevage, les acteurs de l’environnement, de l’action humanitaire, du développement, de la paix et de la sécurité, les collectivités territoriales et les organisations communautaires. La prévention des tensions liées à l’accès aux ressources naturelles et à la mobilité transfrontalière doit notamment s’appuyer sur des analyses partagées, des mécanismes de concertation inclusifs et des réponses consensuelles placées sous le leadership des États.

En apportant son expérience régionale et ses outils d’aide à la décision aux échanges du CNES, le CILSS réaffirme la pertinence de son mandat pour les pays, dans un contexte de recrudescence des crises climatiques, alimentaires et sécuritaires étroitement liées. Le message porté par AGRHYMET CCR-AOS est sans équivoque : les connaissances scientifiques ne produisent pleinement leurs effets que lorsqu’elles sont accessibles, comprises, utilisées et traduites en décisions concrètes. En définitive, cinq leviers essentiels sont à retenir pour faire du Nexus Climat-Paix-Sécurité un instrument opérationnel de protection des moyens d’existence et de préservation d’une paix, d’une stabilité et d’une résilience durables au Burkina Faso, en Afrique de l’Ouest et au Sahel : anticiper les risques climatiques, croiser les informations, cibler les interventions, financer l’action préventive et renforcer la coopération. Le Nexus Climat-Paix-Sécurité constitue ainsi un enjeu stratégique majeur pour le Burkina Faso et l’ensemble de la région sahélienne.